Témoignages

Article du journal  "Le Courrier Cauchois"

à propos d'un accueil à Clères

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"Nous lui avons fait rencontrer nos amis, l'avons emmené voir un musée; j'ai bien progressé en anglais..."

 

"C'est une expérience humaine forte, ça fait découvrir la réalité de notre société. J'ai appris à connaître la culture de L. et sa cuisine".

 

"Dès le premier jour, je me suis sentie chez moi. Je reçois la chaleur d'une famille. C'est beaucoup pour moi qui ai quitté ma famille et étais seule. Vous donnez un espoir aux personnes".

"Accueillir chez soi, c'est plus simple que ça en a l'air, je ne le vis pas comme une charge".

 

Être hébergée chez X., c'est d'abord me sentir en sécurité, ne plus me demander chaque soir où je vais dormir, et pouvoir m'organiser et penser à autre chose".

 

"C'est une belle expérience humaine. Je suis souvent absente mais M. est autonome et se débrouille seul. C'est très facile".


Récit

Il y a dix ans, Sriyani Perera a quitté le Sri Lanka pour la France, pour fuir les attentats terroristes.


En 2004, dotée d’un visa, Sriyani Perera a quitté pour la deuxième fois Colombo, au Sri Lanka avec son mari et ses deux enfants pour fuir la guerre civile opposant les Tigres de libération de l’Ilam tamoul (LTTE), indépendantiste, et le gouvernement.

« Au début des années 1990, il y avait beaucoup d’attentats terroristes au Sri Lanka. Il n’y avait aucune sécurité. Nous n’avions pas confiance. Dans le bus, si quelqu’un laissait un sac, on avait peur que ce soit une bombe. Quand on partait le matin, on ne savait pas si on allait revenir. Quelquefois, il y avait des couvre-feux. Ils fermaient les magasins, la banque centrale, les stations essences, les chemins de fer… Je suis venue une première fois en France en 1993 avec un visa de tourisme. Et je suis restée neuf mois. A cette époque, Chandrika Kumaratunga est arrivée au pouvoir. Nous pensions que les choses allaient s’améliorer (au début de son mandat, la nouvelle présidente avait donné des signes d’ouverture aux tigres tamouls, ndlr) et je suis rentrée. Mais ça n’a pas duré. J’ai voulu repartir mais comme j’étais restée en France alors que mon visa avait expiré, je ne pouvais plus repartir. J’étais fichée à l’ambassade. Ça m’a pris dix ans pour obtenir à nouveau un visa. Pendant ces dix ans, j’ai tenté de m’installer ailleurs : en Malaisie, à Singapour, en Thaïlande, au Japon, en Inde… Mais je n’avais pas de bonne situation.

Nous sommes partis tous ensemble pour la France, avec mon mari et mes deux enfants de 8 et 10 ans. C’était le 22 septembre 2004. En dix ans, nous avons déménagé 14 fois. Au début, on était logé dans des hôtels. On s’installait. On nous disait : “demain vous devez être partis”

 Alors on refaisait nos bagages. On est passé par un hôtel de la place de Clichy qui était affreux. Il y avait des rats sous

 le lit. Puis on a été logé dans un hôtel à Château rouge qui était bien. A Saint-Denis (Seine-Saint-Denis, ndlr), on a vécu dans un appartement de 3 pièces qu’on partageait à 3 familles. Et encore à Argenteuil (Val-d’Oise). Puis à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) dans l’appartement d’un ami. Là, on était 7 dans 30 m2. On est encore passé à Saint-Denis dans 50 m2 où on a été cambriolé. Aujourd’hui, on vit dans le XVIII ème arrondissement, dans un appartement qu’on loue 885 euros pour 30 m2. Le souci c’est qu’il n’y a pas d’ascenseur et que c’est au 6e étage. J’ai écrit à la mairie pour avoir un logement. Ça peut être n’importe où en France. Je n’ai pas d’exigence. Il y a tant d’appartement vacants…

C’est bien ici, en France. On est libres. Si on a un souci, on peut se tourner vers la mairie, les assistantes sociales, l’hôpital, l’école. On est soutenu. Pas comme au Sri Lanka. Les enfants ont plus d’opportunité. Ils passent leur bac. Moi je prends des cours de français et je vais ouvrir un restaurant en janvier. On a déjà le local à Massy Palaiseau, près de l’aéroport d’Orly sur le RER B. On sera 3 : un Afghan, un Mauritanien et moi. Je vais faire de la cuisine sri-lankaise traditionnelle et végétarienne. Si on travaille dur, on devrait pouvoir gagner pas mal d’argent. Si c’est bon, les gens viendront. Je suis aussi en train d’essayer de monter une association pour aider les enfants sri-lankais à manger et à étudier. Ça s’appelle Nouvelle vision. J’en suis trésorière. Au début nous allons surtout aider les réfugiés qui arrivent en France et qui ont des soucis pour trouver un logement, pour faire les démarches à la préfecture. Et après on aidera les jeunes des villages près de Colombo. Mon grand rêve aujourd’hui ? Acheter une maison. On a trop bougé. Et je me fais vieille, j’ai 53 ans. »